mercredi 13 avril 2022

Un peu de lecture pour se muscler le cerveau. Puisque l’art est flexion. [Spéciale dédicace pou Nicole, ma dalone de Sainte-Rose]



 Éloge de la témérité spirituelle 

Par Luc-Olivier d'Algange


«... L’homme qui ne croit qu’en l’homme tient en piètre estime la vie de ses semblables et, sitôt ne distingue-t-il plus dans la nature l’émanation de la Surnature, qu’il s’autorise un pillage sans limite. Si le Moderne est enclin à l’éloge de l’infini, c’est avant tout cet infini du pillage qui lui plaît, avec la certitude, la seule qui lui reste, de ne plus jamais être redevable de rien. Si l’homme n’est que l’homme, si la nature n’est que la nature, toute exaction est permise, et l’on a beau dire que cette permission doit être mesurée, elle n’en demeure pas moins sans limites.

 

La poésie seule connaît le secret de la Mesure. Le paradoxe du temps est que cette Mesure est devenue hors d’atteinte et que la limite, la limite sacrée, semble perdue de vue. La nécessaire recouvrance de l’humilité tient désormais à la témérité spirituelle. L’infini moderne est l’infini du prisonnier, du maniaque, du disque rayé. On tourne en effet infiniment dans la cour de sa prison. Les ombres sur les murs de la caverne demeurent infiniment des ombres. La servitude se nourrit infiniment du nihilisme qu’elle croit opposer à sa propre conscience malheureuse. À la différence de la philosophie et de la médecine paracelsienne, qui préconisait de faire du mal un remède, et de changer ainsi le plomb en or, le Moderne excelle à faire du remède un mal et à changer l’or en plomb. À ce monde plombé, lourd et opaque, seule la témérité spirituelle du poète oppose une fin de non-recevoir. Cette fin, cette limite, est contenue dans le secret de la Mesure et dans le secret, plus profond encore, qui donne la Mesure. Dans le mouvement et l’immobilité du poème, le poète reçoit le don de la Mesure...»



https://www.mauvaisenouvelle.fr/?article=monde-eloge-de-la-temerite-spirituelle--1911

4 commentaires:

Adrien a dit…

Je mesure le don, de poésie et de rêverie, que la Nature nous donne, cette Madonne mature qui nous pardonne encore, mais jusqu'à quand ? Tout ce bruit ponctué d'amnésie..

Nadège Rivière a dit…

«  Tout ce bruit ponctué d’amnésie »
Ou comment exprimer en quatre petits mots l’ère ambiante. Il faut être poète pour pouvoir le faire et tu sais que je sais qu’à cet art tu excelles.
Si nos chemins ne se croisent pas bientôt entre la source, le calvaire ou le pré aux ânes, je te souhaite un merveilleux et inspirant séjour caucasien. Au plaisir de te lire bientôt !

Anonyme a dit…

Rose est la gardienne du feu

Nadège Rivière a dit…

Est-ce de la rose de Sainte-Rose qui te fais dire ça ? C’est drôle parce que une partie du massif du piton de la Fournaise (volcan très actif) se trouve sur le territoire cette commune de l’Est de l'île de La Réunion que tu ne connais pas... Et lors d’une éruption du siècle dernier, une coulée de lave a contourné l’église de Piton Sainte-Rose, rebaptisée depuis Notre-Dame des laves. Celui qui a nommé la commune a certainement les mêmes sources que toi.
Prêt à partir ? Bonne route et bon vent !